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Ce recueil épuisé depuis longtemps, difficile à trouver d'occasion, (mais couvert par le Copyright) vous est proposé dans son intégralité en édition numérique à partir de l'édition Flammarion de 1920.
PLEUREUSES
POÉSIES d'Henri BARBUSSE Tous droits de traduction, d’adaptation et de
reproduction réservés pour tous les pays. À
CATULLE
MENDÈS
Ces vers, composés par Henri Barbusse entre sa dix-huitième et sa vingtième année, ont été publiés il y a vingt-cinq ans. Ils furent accueillis avec une faveur dont le monde des lettres n’a pas perdu le souvenir. Catulle Mendès, qui n’avait connu Barbusse que par ses vers et qui, ainsi qu’il l’écrivit, avait «cette joie fière de ne l’avoir aimé qu’après l’avoir admiré», salua, à l’apparition de Pleureuses, cet inconnu auquel il prédit la célébrité, ce nouveau venu «qui portait sur son front le signe fatal et magnifique». Aucune réimpression n’a été faite de ce recueil, qui fut vite épuisé et dont la première édition est introuvable. Nous avons pensé que les lecteurs que le poète de Pleureuses a groupés depuis lors autour de ses ouvrages en prose, nous sauraient gré de rééditer cette œuvre qui marque son début dans la carrière des lettres. |
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MESSE DU PASSÉ TRÈS VIEUX RÊVES LE SOIR EN FÊTE 17 - Tu viendras dans mon âme... LES CHOSES I. Le poisson sec II. Loque
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LA LAMPE 37 - La consolatrice qui ne savait pas.... LA HAINE 42 - Hélas ! viens avec moi... LE SILENCE DES PAUVRES
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Oh bien des fois, au gré du rêve où tu te penches,
Tu vis le hameau calme avec ses maisons blanches,
Et la paix de l’azur a fait pleurer ta paix.
Et bien des fois, la nuit, lorsque tu regardais,
J’ai senti ta douleur monter jusqu’aux étoiles,
Et te vis épier dans l’ombre aux ombres pâles
Cet immense malheur qu’on ne peut pas savoir...
Lorsque nous regardons monter la mer du soir,
Ainsi que deux faux dieux sur les mornes rivages,
Nous voyons devant nous passer de grands veuvages
Et c’est ton désespoir qui souffre avec douceur.
Désert de ton frisson, pauvreté de ton cœur !
Et tu vas inquiète, et très calme et très seule,
Ô si jeune âme avec des mains comme une aïeule,
Toi qui, pauvre rêveuse, avais aux temps lointains
Dans les nuits de bonheur des songes enfantins,
Qui, bercée à la voix d’aurore qui se lève
Et souriante encor d’une écharpe de rêve,
Dans le ciel du matin n’as trouvé que l’azur !
Si le dieu de cœur simple est le seul dieu très pur,
Pleure la grande vie et tout ce que vous faites,
Ô vous qui souriez, ô ceux que tu rachètes
Quand lasse, dans les champs d’étés et de sommeil,
Tu sens se dévaster la pitié du soleil !
Et je te dis souvent que nous sommes sublimes
Et qu’il est un mystère, et que nous l’entendîmes ;
Et je te dis cela quand nous nous effleurons,
Quand le demi-sommeil laisse errer nos deux fronts
Et que la lampe est douce au fond de l’âme close...
Et sans me regarder, tu pleures d’autre chose.
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Je
te bénis d’amour...
Chaque parole est un
sourire.
Au fond du vieux salon où le bal se précise,
Les traînes de satin, couleur de demi-jour,
Suivent avec lenteur la musique indécise.
Au fond du vieux salon, au fond de tant de jours,
Sur les danseurs errants et les formes assises,
Tous les reflets du ciel habillent les atours.
L’aile des éventails est prise, et tremble, lasse.
Un doux soleil fleurit, captif jusqu’au matin.
La danse éparpillée affronte en vain l’espace,
Elle obéit sans cesse, et retombe sans fin.
Toute la vie enclose entre les feux des glaces
Voudrait s’enfuir, et reste là, comme un jardin.
J’ouvre les yeux, lassé par la très longue veille ;
C’est la chambre dolente et l’ombre dans le coin,
Et la voix de l’horloge à voix toujours pareille.
La fenêtre confuse éclaire par un joint
l’une mince lueur le plafond qui sommeille ;
Dans la rue, une voix se lamente très loin.
La paix des grands rideaux où l’âme tiède est prise
Garde ses longs plis morts sur mon repos très lourd,
Et mon demi-sommeil rêve dans l’heure grise...
J’entends des bruits craintifs dans la maison, autour
Elle approche à pas doux pour n’être pas surprise,
Et par la porte blanche elle entre avec le jour.
Aux sentiers où je vais mon pas triste résonne.
Nous nous sommes quittés ; il fait froid, il a plu ;
Je viens dans le grand parc où ne vient plus personne...
Nous nous sommes quittés, puisque tu l’as voulu.
O pauvre cœur désert où trop de vent frissonne,
O pauvre cœur creusé de l’automne, salut !
Le silence et l’absence ouvrent la forêt nue,
La feuilles gît, légère et lourde, en désarroi,
Je pense aux chemins clairs où ta grâce est venue !
Et le ciel s’assombrit lentement, il fait froid,
Mon âme douloureuse erre dans l’avenue
Et la grande nature est plus triste que moi.
Au bord de la fontaine où je vais à pas lents,
La statue, au milieu de la pénombre, écoute
Le murmure de l’eau qui baigne ses pieds blancs
Et l’on perçoit au loin sous l’ombre de la voûte
Et le deuil transpercé des grands rameaux dolents
La fontaine qui tremble et pleure goutte à goutte.
Oh ! tout est plein ici des pudeurs de l’adieu.
Un frisson morne court dans la forêt pâlie...
On croit voir en la nuit comme en un jour plus bleu,
La sainte qui venait, si triste et si jolie
Vers la clairière astrale où tout veillait un peu,
Avec son luxe d’ombre et de mélancolie...
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Vous consolez presque
les heures...
L’aube est encore pâle, et c’est bien loin demain...
Inclinez vos fronts purs en passant sous les branches,
Et puis, toutes les deux, très calmes et très blanches,
Allez dans les champs gris en vous donnant la main.
Je ne reviendrai plus dans la ville si belle
Qui sur l’horizon las s’endort d’éloignement ;
Le petit bois ému m’attend plaintivement,
Et là-bas ma maison regarde devant elle.
Je suis parti bien loin des âmes que j’aimais.
Je marche le cœur vide et les mains conquérantes,
Je marche devant moi sur les routes pleurantes
Et j’irai doucement sans m’arrêter jamais.
Nous ne toucherons plus les choses anciennes,
Vous ne me suivrez pas où je m’en suis allé ;
Vos âmes auraient froid sous ce ciel désolé,
Et vos petites mains trembleraient dans les miennes.
Mon souvenir, la nuit, qu’il soit paisible et vieux,
Pour que l’aube en entrant dans la chambre encor vague
Et touchant faiblement votre front qui divague
Ne vous retrouve pas des larmes dans les yeux.
Vous pourrez, en quittant l’odeur des chèvrefeuilles,
Lentes, vous promener sur les grands prés unis,
Aller dans les bosquets, pleins du concert des nids,
Et voir un peu d’azur dans les dessins des feuilles.
Le bois silencieux, sombre et profond tableau,
Le mystère vaguant sous la douceur des aulnes,
Le soleil se jouant dans les nénuphars jaunes,
L’adieu long des reflets à la fuite de l’eau...
À moi la plaine nue où mon orgueil se dresse,
Le ciel gris, l’azur mort sans chanson et sans vol.
D’un horizon à l’autre, en effleurant le sol,
Les ailes du grand vent passent avec tristesse.
Que vous importe, à vous ! vous avez vos sous-bois,
Les lis que vous cueillez avec vos mains de vierges,
L’eau qui court au milieu du demi-jour des berges
Et qu’on fait murmurer en y trempant les doigts...
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Si je la rappelais à
la clarté du jour
Elle y remonterait
avec sa solitude.
Je me suis retiré doucement pour rêver
Dans ce coin où les chants se perdent en murmures.
Le vertige du bal tombe au pied des tentures,
Et la blonde aux yeux gris ne peut plus me trouver.
Voici ma vision qui s’emplit de vieillesse ;
Je vois au fond de moi des bals, des bals lointains,
Avec leurs pas confus et leurs feux incertains,
Et la voix qu’ils avaient en mourant de tristesse.
J’ai construit au hasard le doux rêve effleuré...
Une vieille habitude y revient la première,
Puis un peu de musique y tremble sans lumière
Et cherche le bonheur dont elle avait pleuré.
Je ne sais plus la main qui s’est abandonnée,
Mais mon cœur se souvient qu’elle frémit un peu.
J’ai perdu lentement la parole d’aveu,
Mais gardé la douceur qui me l’avait donnée.
Je n’ai rien ajouté qui ne fût pas en moi
Je n’ai point ici-bas de lyre ni de muse,
J’ai fait parler le songe avec sa voix confuse
Et j’ai laissé l’oubli dormir auprès de toi.
Et pourtant, j’ai senti dans la vision brève
Quelle mélancolie erre sous la clarté,
Et regardé longtemps le départ attristé
Que tes pas fugitifs ont laissé dans mon rêve.
Comme, dans le chemin que nous avons rempli,
Nous sommes loin depuis que nous nous en allâmes !
Le bonheur éternel est au fond de nos âmes,
Triste comme un départ et doux comme un oubli.
Maintenant laissez-moi dans ma chambre endormie,
Loin de la fête neuve et riche du printemps,
A moi qui n’ai trouvé que quelques pas du temps
Entre l’enfant joyeuse et la tranquille amie.
Heureux, toi dont l’orgueil n’a plus besoin d’aveu ;
Heureux, ô toi qui vas tout seul parmi le monde,
Qui sais que tout sourire a sa douleur profonde,
Et comprends qu’un bonheur est rempli d’un adieu.
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Le passé qui passe...
Je ne reverrai plus les aveux incertains
Qui passaient autrefois sur tes lèvres peureuses,
Ton sourire d’enfant, ni ces objets lointains
Que nous avons touchés avec nos mains heureuses
Peu à peu j’avais fait un beau rêve de toi,
Mon âme le suivait avec mansuétude
Et sans lever les yeux pour le voir devant soi,
Elle a continué la paisible habitude.
Je marche longtemps seul où je fus avec toi,
Je viens au rendez-vous comme un ami docile,
Et je te vois passer doucement devant moi
Pleine d’éloignement et de clarté tranquille.
Ne reviens pas, môme un instant, même tout bas...
Le paradis des souvenirs mourrait de joie.
Laisse-nous tous les deux dormir ! ne reviens pas
Avec tes petits pieds et ta robe de soie.
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Je voudrais retrouver mes douleurs d’autrefois.
Je les laissai partir mais je les connais toutes,
Pauvres âmes sans pain qui marchent sur les routes
Et qui pleurent d’extase au pied des grandes croix.
... L’enfant pliant son dos qui semble alourdi d’ailes,
Enfantinement peint sur le mur des rayons,
L’ange en forme de gerbe et de donation,
Et qui tient la douceur dans ses doigts parallèles...
Le temple ténébreux, le temple illuminé
Ouvrait sur ma douleur ses voûtes toutes grandes,
Hélas! je suis venu pour que tu me le rendes,
Le pauvre apaisement que je t’avais donné.
Les malheurs sont des saints qui sourient dans leurs geôles ;
Souvent quand ils traînaient leur longue passion,
Qu’ils ont dû, bousculés par la tentation,
Dompter leurs cous humains et leurs frêles épaules !
Et pourtant, la douleur abandonne la chair ;
La richesse des pleurs laisse l’âme assouvie.
Quand nous nous revoyons en rêve dans la vie
Nous ne savons plus bien que nous avons souffert.
La rue était déserte au bas des cieux livides ;
Après les nuits d’orgueil et de bonheur hautain,
En revenant à moi dans le froid du matin
Je me suis retrouvé plaintif et les mains vides.
On ira dans mon rêve ardent qui resplendit
Cueillir nos beaux sanglots comme des grappes mûres :
Leur espérance ira parler dans nos murmures,
Ils ne comprendront pas ce que je t’aurai dit.
Ils ne comprendront pas les longs secrets de phrases
Où quelque souvenir s’éveillait à demi,
Notre grâce, et l’espoir, ce grand mystère ami,
Nous menant sans le voir, au chemin des extases.
Puis nos yeux s’éteindront sur le rêve éternel,
Puis plus rien que les fleurs que nous avons cueillies,
Penchant leurs chagrins morts sur leurs tiges vieillies,
Et notre église ouverte aux regards bleus du ciel.
Je te voyais passer, sainte, silencieuse,
J’ai vu passer la brève et fuyante clarté;
Oh ! je voudrais toucher avec timidité
Tes lèvres de silence et ta robe pieuse...
Puis tous les souvenirs dans un large frisson
Se relevaient, ainsi qu’une foule bénie...
Une nuit j’écoutais la lointaine harmonie
Tandis que je veillais tout seul dans ma maison...
Un homme lentement montait l’escalier sombre,
J’entendais la tristesse égale de ses pas,
Puis il s’est arrêté comme s’il était las...
Oh je veux enfouir mes rêves dans ton ombre !
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I
Elles sont mortes, ses amies,
Ses amis sont là-bas, là-bas...
Elle s’avance à petits pas
Parmi des choses endormies.
Son âme se plaint doucement,
Dans les sous-bois, prés des fontaines,
Elle voit des formes lointaines
Qui vont, pleines d’apitoiement.
Devant sa pauvre âme tremblante
Tous les souvenirs sont passés,
Le soir, avec leurs dos lassés,
Et leur démarche nonchalante.
Dans son calme fauteuil de bois,
Je vois sa taille qui se penche,
Puis je vois sa figure blanche
Qui sourit parmi les sous-bois.
Ses pieds mignons foulent les mousses,
Les oiseaux ont de petits cris,
Et ses amours et ses yeux gris
Sont de vieilles histoires douces.
On eût dit qu’elle allait parler,
Ses lèvres chuchotaient entre elles,
Et l’on voyait dans ses mains frêles
l’habitude de consoler.
Mélancolique et matinale,
Quand je regarde, je la vois,
Très vieille avec sa vieille voix,
Dans les feuilles de soleil pâle.
Et ce n’est plus le beau soleil ;
C’est le soir, dans le salon tiède :
Le feu, la lampe... On cause, on cède
Aux baisers aimants du sommeil.
Au foyer une flamme rampe,
Et dans le salon qui s’endort,
Quelques amis qu’éclaire encor
La lueur faible de la lampe...
Puis, il te faudra les quitter.
Le jour souffre et revit encore :
Mais toi, la blancheur de l’aurore
Ne te fera plus grelotter.
La mort viendra sans te le dire
Toucher tes lèvres sans couleur,
Où la joie, et puis la douleur
Sont mortes dans un lent sourire ;
Puis ton cœur, maison du bon Dieu,
Où tant d’amis étaient ensemble
- Et leurs fronts dans la nuit qui tremble
Se diront vaguement adieu -
Tes yeux, où les jours sans secousses
Ont mis de la tranquillité,
Et tes épaules de beauté
Que la fatigue a faites douces.
II
La très vieille dame était morte.
Alors je suis venu vers toi,
Un jour qu’il faisait triste et froid
Et qu’il pleuvait devant ta porte.
Je vis tes longs cheveux bouclés
Et leur or pâle qui frissonne,
Et ta piété monotone
Dans tes yeux bleus et désolés.
Tu fus la clarté gracieuse
Qui m’environnait, et je sais
Qu’au fond, un peu, tu frémissais
Avec ton âme sérieuse...
Ta robe droite du dimanche
Laissait à nu ton petit cou.
Tu ne me parlais pas beaucoup,
Tu rôdais dans la maison blanche...
… J’entendais rêver des ruisseaux
Sous le repos des saules pâles.
Dans mes mains tristes et royales
J’ai tenu leurs âmes d’oiseaux...
Elles ont des rondes d’amour
Et des yeux de petites filles.
Elles ont des bouches gentilles
Et des questions; tout autour...
III
Au pays morne sans saison
Où je vais seul, lent patriarche,
Je vois s’ouvrir devant ma marche
Le grand regard de l’horizon.
Je porte en moi ma vie altière
Le ciel est gris; mon cœur se fond
Dans mon orgueil vide et profond
Comme un bonheur dans la lumière.
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Le silence est un pardon
Plus triste.
Nous avons eu le jour et le matin livide
Et le rêve éternel que nous rêvions en vain...
Nous avons eu la vie avec sa place vide
Et le large soleil sans parole et sans pain !
Nous avons eu la paix de toutes les journées;
Les rêves de voix basse et les repos trop lourds.
Et nous nous en allons avec nos destinées
Et nos yeux désolés se chercheront toujours.
Oh ! que tu dois souffrir tandis que l’ombre rampe,
Que la chambre s’emplit de la pâleur des cieux,
Que le soir indolent en attendant la lampe
Fais toute attente grise auprès des rideaux vieux.
Que t’importe à présent l’espoir crépusculaire,
Assise avec le soir, douce sainte d’amour.
Oh! tu ne songeais plus à lever ta paupière
Vers le côté divin d’où tombe un peu de jour.
Passons, passons toujours, errons où nous errâmes
Et regardons l’espace à nos yeux étendus,
Pauvres gens isolés dans le parc, pauvres âmes
Qui voulions retrouver le paradis perdu !
Tout est mort, tout est mort, l’azur et l’innocence,
Et ce que veille l’ombre et ce qui nous attend,
Et tout ce qu’on bénit quand on passe en silence
Et tout ce qu’on écoute et tout ce qu’on entend.
Parcourons le vieux parc qui jadis fut le nôtre,
Le parc de vieux étangs, de feuilles et d’amours,
Marchons désespérés et très doux l’un à l’autre...
Oh ! la vie, oh! le mal de s’en aller toujours !...
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Vivre de joie
Laissons l’âpre reflux monter de toutes parts.
Laissons l’orage et les cités,laissons la terre,
Laissons les pays forts au vol traînant des chars.
Quittons les palais d’or et les tombes de marbre,
Allons dans le pays mélancolique et bleu
Où les grands luths d’airain sont suspendus aux arbres.
Là, nous verrons des cieux paisibles et des lacs,
Des collines avec de grands lis aux fleurs droites,
L’eau grise où descend l’ombre immobile des bacs.
Nous verrons des dieux forts et des déesses nues
Troubler dans les bosquets sombres des grands lauriers
Le sommeil nuptial des forêts inconnues.
Dans ce pays divin pâle comme le ciel,
Nous verrons s’attendrir le soleil pacifique
Que nous voulions jeter dans l’azur du réel.
Quand nous aurons marché très longtemps sur ces grèves
Prés de l’océan calme et des horizons bleus,
Nous n’aurons pas cessé de regarder nos rêves.
Dans l’extase, l’amour et le recueillement,
Dans la conception d’un idéal unique,
Nos âmes se seront jointes exactement.
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Le vol sombre et les yeux perdus...
Je vois s’ouvrir la nuit livide
De remords fous et de regret.
Dans tous les chemins où j’irai
Je sentirai ta place vide.
Les flots pâles et lourds en chœur
Chantent l’hymne de la tourmente,
Et je crispe ma main vivante
Sur les battements de mon cœur.
Je vois, pressés dans la pénombre,
Les cavaliers de cauchemar
Qui suivent le grand chef hagard
Brandissant la bannière d’ombre.
Spectre effaré, spectre du mal,
Roi morne, tu fuis d’épouvante
Dans le flot indécis que hante
La crinière de ton cheval !
Ils vont dans un galop suprême
Courbés devant ce que je fus,
Je vois leurs grands gestes confus
Et révoltés sur le ciel blême.
Et je veux leurs remords, je veux
Le silence affreux de leurs râles,
La fixité de leurs yeux pâles
Dans l’ouragan de leurs cheveux.
Oh ! ma douleur n’a pas de cesse ;
Mêlant mes amours et mes deuils,
J’irai rôder dans les écueils
Comme le vent et la tristesse.
Je suis sous le ciel désolé
Les phares tristes sur les grèves;
Je suis le silence des rêves
Parmi le désert étoilé.
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Dans l’espace qui n’a
rien fait…
Dans la fièvre des nuits en feu,
Dans la rumeur des avalanches,
J’ai rêvé de ces maisons blanches
Qui reposent sous le ciel bleu.
Nous viendrons aimer auprès d’elle,
L’oubli vide des grands malheurs,
L’herbe toute nue et les fleurs
Parmi les tombes maternelles.
J’aime la mort qui consola
Les vieux cœurs dans le grand silence.
Tout le ciel sourit d’innocence ;
Ales souvenirs sont venus là.
Pauvre rêve d’un pauvre artiste,
Une croix se dresse sur eux,
Si calme que je suis heureux,
Et si simple que je suis triste.
Ils dorment dans le jour calmé,
Sous le ciel où plus rien ne change,
Les yeux émus du petit ange
Que mon amour a tant aimé.
C’est la bonté de chaque chose
Qui remue à peine parfois.
Le soleil s’endort sur les toits,
Je sens mon âme qui repose.
Mon ombre obscure pas à pas
Marche avec moi dans la tristesse.
Là-bas, là-bas, c’est ma jeunesse...
Je ne sais plus, je ne sais pas.
J’aime beaucoup les fleurs fidèles
Qui sont douces au marbre étroit,
Et qui seraient douces pour moi
Si je dormais à côté d’elles.
De petits oiseaux noirs, en chœur,
Dorment sur les branches dormantes,
Et les fleurs jaunes et les menthes
Nous parfument de tout leur cœur.
C’est l’azur si bon sur la plaine,
Les chemins blancs et les murs blancs.
Les aveux, les pardons tremblants
Et les pauvres âmes en peine;
Le vieux banc où je viens m’asseoir,
La prière où l’on s’abandonne,
Et le ciel ému qui pardonne
Repais le matin jusqu’au soir.
Tout le long des vieilles chapelles,
Pauvre martyr, je vais tout droit ;
Elles sont calmes comme moi,
Je mourrai doucement comme elles.
Les cœurs sont calmes sous les cieux,
Dans les champs d’or, sous le bleu pâle...
Belle vierge au visage ovale,
Soyez douce comme vos yeux.
N’enviez plus ma tyrannie,
Tout mon malheur est de l’amour.
Mes pas sont vides dans le jour,
Vous pourrez aimer mou génie.
Il s’est tu, le cœur triomphant.
Je viens à la fin de mon âge
Dans un dernier pèlerinage,
Le voir dormir comme un enfant.
Je m’en vais parmi la journée,
Le soir est long. Je ne sais pas
Dans quel grand naufrage, là-bas,
Viendra mourir ma destinée.
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Dans le silence et la musique de ton âme.
Oh ! Puisses-tu m’aimer
jusqu’à ne plus savoir !
C’est le jour triste qui se lève,
Le long cauchemar s’est éteint.
Je sens la pâleur du matin
Et le brouillard frais à mon rêve.
C’est, comme une aube d’autrefois,
Une candeur qui se révèle...
Je te dis ma chanson nouvelle
Elle est douce, comme tu vois.
Douce comme le matin blême
Qui vient auprès de mon sommeil
Me parler tout bas du soleil,
Douce comme l’amour que j’aime,
L’amour, mystérieux glaneur
Des bonnes choses qu’on prodigue,
Qui vient, auprès de ma fatigue
Me parler tout bas du bonheur.
Tout ce passé, tout ce passage
D’hiver gris et de printemps bleu,
Éloignons-nous qu’il dorme un peu.
C’est quand ou dort que l’on que l’on est sage.
Dormons dans la maison en deuil ;
Dans le grand silence des choses
Nous verrons les aurores roses,
Toi le bonheur et moi l’orgueil.
Laisse-moi le triste et long rôle.
Oh longtemps, longtemps sous nos cieux
Laisse ce rêve dans tes yeux
Et la tête sur mon épaule.
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Ombre, musique.
Mes yeux, lassés du jour qui ruent,
Ô ma sainte, seule en novembre,
Vous cherchent adorablement
Dans la prière de la chambre...
Je m’arrête au seuil sans couleur.
Le grand déluge vous abîme,
Et dans quelque coin de douleur,
Vous écoutez, travail sublime.
Grise dans le soir en suspens,
Et profonde des jours sans nombre,
Votre front s’incline et s’épand,
Dans un cantique de pénombre.
Peu à peu mes regards du jour
S’habituent à votre tendresse...
Je comprends l’indistinct amour,
Et le mystère de caresse.
Sur la tempe un doigt s’attendrit,
Comme un saint et souffrant office ;
La joue un peu creuse sourit
D’un sourire de sacrifice...
Votre cou noyé, frêle à voir,
Vous soutient de douce épouvante
Perdue en musique du soir,
Infinie, à peine vivante...
Je vois votre cœur rayonnant,
Dans la candeur crépusculaire.
Je vois, docile, maintenant,
Que votre grand cœur vous éclaire...
À force de tranquillité,
Vas brillez comme auprès d’un cierge,
Dans le soir de réalité
Où vous êtes un peu la Vierge.
La nuit tombe avec ses rayons
Et sanctifie en paix immense
La gloire dont nous défaillons,
À genoux au cœur du silence.
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Quand la nuit tombe des cieux,
J’entre en la chambre infinie,
Tournant vers votre harmonie
Le rayon pur de mes yeux.
Le pauvre mur, qui vous aime,
Vous caresse d’un décor;
Vous avez des cheveux d’or
Nuancés, plus beaux qu’eux-mêmes.
Votre sourire qu’on voit,
Luit seul dans la nuit du monde.
De la fenêtre profonde
L’azur vous montre du doigt.
Vous scintillez, lèvres closes,
En deuil, en sourire, en fleur,
Pleine d’un rayon trembleur.
Comme l’étoile des choses.
Sur l’ombre où je suis noyé
Ce soir vous souriez toute.
Et les yeux au loin, j’écoute,
Comme après qu’on a prié...
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Le soleil pâle a lui sur les bois monotones,
Notre azur charitable est doucement parti ;
Le frisson des adieux a déjà retenti,
Elle a l’espace d’or entre ses mains mignonnes.
Et j’attendrai longtemps, au dimanche du soir,
L’éveil religieux de son pas qui s’ignore ;
Je ne l’oublierai pas, la dame que j’adore,
Avec ses yeux si doux et son grand chapeau noir.
Et je pense au pays éloigné de cent lieues,
Au bal tourbillonnant, puis au petit jardin
Où nous avons aimé l’amour ou des fleurs bleues ;
Aux richesses du cœur où se perd Aladin,
Aux grands oiseaux avec des astres sur leurs queues,
Puis aux douces enfants gui vous aiment soudain.
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Viens avec tes petits pieds...
Ô ma reine d’obéissance,
Docile aux heures d’alentour,
Ton âme est comme le silence
Et ta robe est comme le jour.
Dans le vague où tu t’étioles
Ta tête est douce sur ton cou,
Ton âme est l’accueil des paroles,
Ta grâce est le pardon de tout...
Fantôme de pauvre lumière
Auprès du vitrail attristé,
Tes épaules sont la prière,
Tes mains sont la simplicité.
Et lorsque la fenêtre blême
Laisse entrer le soir soucieux,
Tu n’es que la bonté qui m’aime
Et que l’étoile de tes yeux l...
Un soir aux visions pieuses,
Mon âne entrant dans un baiser,
Entre tes lèvres paresseuses
Je parlerai pour m’amuser...
Je serai ta main qui se donne,
Tes épaules et ton front clair.
Je serai la voix qui chantonne
La chanson pure de ta chair.
De tout mon amour qui flamboie
Émerveillant l’œil qui s’endort,
Je verrai mon regard de joie
Couronné par tes cheveux d’or.
Ou bien par un soir en détresse,
Morne, penché vers ton émoi,
Dans tes paupières de caresse
J’aurai le vertige de moi.
Et quand, au couchant écarlate,
Nous frémirons d’un seul frisson,
Un jour, ta bouche délicate
Dira doucement ma chanson.
Dans le soir comme en une église
Tu rêveras le long passé,
Tu rêveras la chambre grise
Et ce que le jour a laissé...
Alors dans l’angoisse sacrée,
Ombre captive au soupirail,
Sur la vitre décolorée,
Tu mettras ton front sans travail.
Quand toute aime se dissimule,
Quand tout meurt à la mi-clarté,
Lorsque l’immense crépuscule
T’habille avec sa pauvreté...
Puis levant ta tête indécise,
L’œil morne, au grand vitrail amer
Tu rêveras la paix exquise,
Et l’immensité de la mer !
Ta voix sera lente et peureuse
Des vieux jours que rien ne défend,
Alors tu seras malheureuse,
Ô ma princesse, ô mon enfant.
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Tu viendras dans mon âme avec un grand air triste ;
J’entends des voix chanter dans la longueur des jours,
J’entends des chants lassés qui finissent toujours,
Et le ciel s’assombrit comme un cœur qui s’attriste.
Il nous faudra longtemps, purs et silencieux,
Nous qui sommes venus les derniers dans les choses,
Deviner la détresse au fond des âmes closes,
Et voir la solitude au fond de tous les yeux.
Hélas, sans le vouloir, dans mon mal solitaire,
Je conduirai celui qui m’a donné la main,
Et j’ai peur en voyant l’angoisse du chemin
Où je dois m’en aller avec mon petit frère.
Que puis-je te donner, petit prince aux yeux doux,
Que puis-je te donner pour la marche sans trêve,
Sinon un peu d’orgueil entrevu dans un rêve
Et ce bonheur lassé qui pleure au fond de nous !
Oh ! ne ferai-je pas mourir la gentillesse
En te montrant la vie et son décor très noir,
Et les pauvres malheurs qui font l’adieu du soir,
Et toute la grandeur et toute la tristesse !
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Le sourire c’est ce
qu’on donne
Ma sœur, quand tu souris, on croit
Que c’est ton âme sur la terre...
Mais pour moi, c’est le grand mystère
Qui m’éblouit au seuil de toi !
Pourtant, ton rire de lumière
Restera notre pureté.
Ce sera dans l’éternité
Notre vague et pauvre prière.
Notre prière et notre foi,
Et ton regard dans notre église ;
Ce sera l’image précise
De ta bouche qui pense à moi.
Après toute métamorphose,
Lorsque le soir sera l’oubli,
Je verrai ton rire pâli
Rester comme la seule chose.
Jusqu’au moment assoupissant
Où calme à tes mains disparues
Dans le vieux rêve de nos rues,
Je passerai comme un passant.
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Je t’entends, lorsque j’écoute...
Lorsque tu t’en es allée,
Tu dis : « Je ne t’aime pas ».
Dans la pauvre et froide allée
J’ai marché du même pas.
Puisque je ne l’ai pas crue,
Pitié d’or, ciel adouci,
Ombre lentement accrue
Oh! ne soyez pas ainsi..
Comment pouvais-je te croire ?...
Je suis à toi, je vois mal.
Je suis ivre encor de gloire
Et je n’entends pas le mal.
On ne peut pas se reprendre
Comme on s’était égaré.
Il faut longtemps pour comprendre
Pourquoi d’autres ont pleuré.
Je suis l’âme douce et triste
Dans le temps qui va, dans l’air.
Si l’on est fort, je résiste,
Je suis éclair à l’éclair.
Je suis au-dessus du monde,
Des prières, des amours,
Je suis à toi, pauvre blonde.
Ce n’est que dans bien des jours...
De par la paix infinie,
Usé de ne plus te voir,
J’entrerai dans l’agonie
Petit à petit, le soir.
Il faudra bien du silence
Et dans le calme dormant,
J’aurai l’autre rêve immense :
Je croirai, tout doucement.
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Vers les archipels
d’or des lointains fabuleux
Le couchant baigne d’un nuage
Les vaisseaux au pied de la tour...
Le soleil dore le retour
Pour le dernier et grand mirage !
Le soleil bas, le soleil d’or,
Parmi les galères ancrées,
Fait des ombres démesurées
Aux vieux portiques du vieux port.
Dans votre chambre qui sommeille
Le soleil verse à son déclin
Des palais et des quais sans fin
Par qui l’océan s’émerveille...
Et quand l’heure viendra calmer
Le couchant d’or dans l’étendue,
Soyez calme,- grise et perdue
Parmi quelque splendeur d’aimer !...
Rêvez tous les rêves du monde
Et les marins du vaisseau nu,
Et tout le bonheur contenu,
Qu’ils apportent, de l’autre monde...
Laissez pencher et s’effacer
Votre sainte et paisible tête,
Quand l’ombre vient et qu’on s’arrête
Dans la fatigue de penser.
On prend en pitié tous les rires,
Toute la joie et tout l’adieu,
A l’heure où l’on est un vrai dieu,
Où l’on ne voit que des martyres.
Je me sens plus abandonné
Près de vous que près d’aucune autre ;
Que ma lèvre pleure à la vôtre
L’amour que vous m’avez donné,
A l’heure où la nuit vous caresse
Pâle et confuse, sur le fond ;
Lorsque votre beauté se fond,
Et que vous devenez caresse...
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Comme avec de la charité.
Dans le crépuscule fané,
Lorsque le soleil t’abandonne,
J’ai ta vérité qui rayonne
Sur ma pâleur d’illuminé.
Je t’aime, ma vie est sauvée
Sois dure, sois lâche toujours...
Dans le grand vertige des jours
Je règne de t’avoir trouvée!
En vain tu me chasses de toi,
Quand vague et las, je t’ai servie,
Tu m’accueilles avec ta vie
Et ta splendeur est devant moi !
Je t’aime tant, Insatisfaite,
Que le silence est radieux...
Et qu’à chaque heure, dans tes yeux
Je sens que ton âme est en fête!
Tu peux, froide, charger mon faix,
Tu peux m’insulter, me maudire ;
Malgré toi je sens ton sourire
Sur les pauvres pas que je fais.
Malgré toi, ta grâce pardonne
Le dédain que tu m’as jeté.
Comment veux-tu que ta beauté
Sois méchante puisqu’elle est bonne…
Et toi qui n’as jamais été
Qu’altière aux heures attendries,
Je vis, et c’est toi qui m’en pries,
Je vis, et c’est, ta volonté.
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Dans les ombres au loin, l’église a blasphémé
Qui dit le mal de vivre avec son orgue vague.
Ô toi, le plus splendide et le plus affamé...
Tu marches sur la nuit comme sur une vague,
Quand tu lèves les yeux vers l’azur bien-aimé,
Tu vois le dieu du soir qui s’éloigne et qui vague...
Et toi, pauvre comme eux et comme eux sans lien,
Pâle prophète ayant dans les yeux une flamme,
Pardonne, comme si ton pardon n’était rien !
Et l’herbe sous tes pieds est une longue gamme.
Et le grand bois astral se dresse et se souvient
Dans le silence et la musique de ton âme...
Le figuier, où confus et plein d’un grand dessein,
Tu t’adossas le soir pour rêver de merveille,
Met sa dentelle d’ombre au marbre de ton sein.
Et l’herbe patiente à tes pieds s’ensommeille,
Et l’adoration erre comme un essaim
A l’arbre pur et blanc, ô maître, de ta veille.
Pense au très long soleil sur le seuil étouffant,
Aux chambres de silence, aux douleurs dépensées,
Aux faibles que lassa l’avenir triomphant.
Car la vie est un cri vers les choses passées.
Et nous sentons le soir nos prières d’enfant
Revenir près de nous comme des délaissées...
Règne par le silence et la douceur au loin,
Divinise de joie un passant sur la route,
Et sois persuadé que le pauvre a besoin...
Ta parole est la gloire exauçant la déroute.
Prière radieuse, et tout près, comme un soin,
Ô voix qui parle un peu, mais qui surtout écoute…
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C’est la nuit dans les jardins blêmes.
Les grands arbres sont consolés.
Passons, couple pur, étoilés
Ainsi que dans les vieux poèmes.
Sur un fût de marbre appuyés,
Nous dominons la sombre ville.
Une fenêtre, fleur tranquille,
Éclôt dans l’azur à nos pieds.
C’est un foyer voilé qui brille,
Un corps lointain qui tend les bras,
Des rayons étroits, des fronts bas,
L’humble étoile d’une famille...
Un reflet rouge, caressant,
Baigne leur beauté, leur prière...
Au loin, dans l’enfer bleu des pierres
Voici la vie humaine en sang !
Oh ! la vie à qui l’on doit croire,
Le réel, le malheur si doux,
Le geste éternel près de nous,
La maison grise au mur de gloire !
Le temps semble s’être arrêté...
Tu baisses ton profil sublime,
Et nous nous penchons vers l’abîme
Dans un frisson d’éternité.
Qu’il sacre, ce soir qui déferle,
Ta sainte attitude sans voix,
Et que les pleurs entre tes doigts
Vivent longtemps, comme des perles…
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Que les lettres de mon
histoire…
Et leurs yeux pleureront tout seuls...
Un soir triste me prend après les jours de flamme
Dans son repos dormant ;
Mes souvenirs sont seuls, ils ont perdu leur âme
Et vont tout doucement.
Maintenant tout est mort dans ma morne vieillesse
Et sur mon front pâli,
Où le bonheur paisible a jeté sa tristesse,
A jeté son oubli.
Le temps lava mon âme aux sanctuaires d’ombres,
Le temps, calme reflux,
Et je marche guidé par de douces mains sombre,
Que je ne connais plus.
Comme un fleuve tranquille et pâle dans ses rives
Sous le deuil des rameaux,
Ma voix sans souvenir a des formes plaintives
Qui pleurent sur les mots.
Je laisse sans penser, rêver ma vue errante,
Aux horizons voilés,
Et je porte avec moi mon âme indifférente
Et mes yeux désolés.
Je m’en vais dans le bois parmi la nuit pensive,
La nuit, parmi la paix,
Avec ma marche lente et mon âme attentive,
Comme si j’écoutais.
Et tout seul, sans un mot, parmi les sentiers vides
Des sous-bois où j’allais,
Pendant quelques instants j’aurai les mains timides
Comme si tu tremblais.
La nuit, quand le sommeil tombe des hautes branche
Comme une mort d’espoirs,
J’irai voir l’azur calme et les étoiles blanches
Parmi les rameaux noirs.
J’irai voir, morne et doux, comme l’hiver s’effeuille,
Quand le vent fait gémir
Le bois mystérieux, le bois qui se recueille
Et qui va s’endormir.
Les hommes penseront au vieux passé qui tremble,
Les vieux, vagues aïeuls...
Avec leurs yeux vivants ils nous verront ensemble,
Nous qui sommes tout seuls.
Ils croiront que j’attends doucement que tu viennes
Sur la route où je viens ;
Ils croiront que mes mains pensent encore aux tiennes
Et mes regards aux tiens.
ils ne comprendront pas que nos âmes sont closes
Aux regards du réel.
Ils ne savent pas bien quelle est la mort des choses
Qui pleurent sous le ciel.
Qu’il ne nous est resté que la forme sans rêve,
Et que l’humble décor,
Que nous n’avons gardé que le rêve du rêve,
Et que le reste dort.
Puisque les libertés dorment de lassitude
Aux cœurs vides de deuil,
Oh ! puissé-je garder la suprême habitude
De révolte et d’orgueil !
Oh ! puissé-je en remplir, sourd à la voix du blâme,
Sourd aux cris du remords,
Mes deux bras qui seront la tombe de mon âme
Avec leurs gestes morts.
Redresse-toi, géant de pierre, être paisible,
De toute ta hauteur ;
Et que des cris d’orgueil dans ta tête impassible
Montent avec lenteur.
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Dans le sourire et l’habitude...
Les yeux dans tes yeux de beauté,
Quand je mets ma main dans la tienne,
J’évoque les choses anciennes,
Dans toute leur tranquillité.
Tous nos rêves les plus rapides
Les aiment un peu tour à tour,
C’est pourquoi leur confus amour
Nous suit avec ses yeux placides.
Nous leur donnons un peu d’été
Lorsque les rayons nous regardent
Un peu de gloire qu’elles gardent
Avec leur immobilité.
Les souvenirs seront fidèles,
Car ils ont leur recueillement :
Nous les trouvons exactement
Quand nous revenons auprès d’elles.
Forts, riants, rêvant d’avenir,
Nous semions notre âme ravie;
Elles nous ont rendu la vie
Pacifique du souvenir.
Et ce soir, lassé des paroles,
Sans le savoir sage et pieux,
Je sens ma chair lever les yeux
Et prier, ô toi qui t’envoles...
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Parmi la boutique un peu noire,
Reflet morne demi-caché,
Tu n’es, pauvre poisson séché,
Que les lettres de ton histoire.
Te rendrait-on ton cœur amer
Ta vie âpre et dévoratrice,
Quand tu sombrais avec délice
Dans la caresse de la mer ;
Te rendrait-on ton doux sillage,
Monarque fluide aux yeux d’or,
Ton rêve assiégeant et sans bord,
Ta vie, étroit et grand voyage,
Quand même entre tes petits os
Tandis que tu gis sur la planche,
On mettrait en poussière blanche
La grande amertume des eaux !...
Ce matin, j’ai jeté nos lettres
Dans le feu, neuf et clair frisson...
Elle n’a rien dit, la chanson
Qui chantonnait auprès des lettres.
Ta belle âme de ballon..
La félicité n’est qu’un songe
Qui s’en va comme un chenapan .
On dirait un peu qu’il y songe,
Lorsque, mélancolique, il pend.
Les heures d’oubli sont rapides :
Ivre et tout vague, l’aquilon
Touche du doigt ses jambes vides.
Le jour est mort, le soir est long.
Le vert sans pitié pour son âge
Mêle ses membres ramollis,
C’est corme un mince personnage
Qui se glisse dans les vieux plis.
Et lui, s’éveillant triste et gauche,
Voudrait rire, malgré son plomb ;
Il essaye une vague ébauche...
Le jour est mort, le soir est long.
Près d’un habit à longues basques,
Il esquisse en l’air, accroché,
Ses pas incohérents et flasques,
Ce vieux qui sait qu’il a marché.
Le dolman à large carrure
Dont il bat le triple galon
Grince avec un bruit de serrure...
Le jour est mort, le soir est long.
Tu danses dans l’or poétique,
Pauvre orateur tenace et laid,
Avec ton destin de boutique
Et tes cauchemars de balai.
Qu’un jeune, auquel rien ne résiste,
Pince la lyre d’Apollon ;
Je le regarde d’un air triste.
Le jour est mort, le soir est long.
Nous nous en irons, pauvres princes,
Avec notre tranquillité ;
Je te prendrai dans mes bras minces,
Ô le seul qui me soit resté !
Automne gris qui te recueilles,
J’entends gémir dans le vallon
Des souvenirs de vieilles feuilles.
Le jour est mort, le soir est long.
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La fenêtre m’attriste, ce soir.
Au pays des champs bleus et des choses heureuses,
Allez, ô mes oiseaux, dans le soir qui s’endort
Sur vos cœurs désolés et vos ailes peureuses.
Le chagrin de la vie est doux comme la mort...
J’entends pleurer les chants et les rumeurs fiévreuses
De la vieille cité debout dans le ciel d’or !
J’ai regardé longtemps clans la même attitude
La chambre sans couleur où mon cœur est resté,
Lourd de son long silence et de sa solitude.
Puis, large rayon d’or à la pâle clarté,
Sur le mur de repos que le soir gris dénude,
La fenêtre vermeille où je vois la cité.
C’est la nuit. Tout s’est tû dans les mornes enceintes ;
Dans l’azur du silence où sont morts tant d’adieux,
J’entends errer longtemps toutes les voir éteintes.
Et je regarde loin des implacables cieux,
Plus loin que tous les chants et que toutes les plaintes
La blancheur du matin où se parlent vos yeux.
Ô porteurs incertains des armes et des lyres,
Cherchons l’apothéose et le souverain bien
Sur le chemin de gloire où sont les vrais martyres.
Je vois qu’il va mourir ce passé qui fut mien,
Je vois que mon grand soir ternirait vos sourires,
Que je suis malheureux, et que je ne veux rien.
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Il dort dans sa fête d’aïeul.
Sur le mur, c’est la même estampe ;
La chambre n’attend plus la lampe,
Et le soir semble entrer tout seul.
. . . . . .
Tout bruit s’est tû - Le lit est mort ;
Simplement, le rideau se penche.
Seule - sur la poitrine blanche
La croix d’ébène perse encor.
... Tout doucement c’est lui qui règne.
L’ombre implore ses regards clos.
Voici sur son front en repos
Le malheur de la nuit qui saigne.
Et le silence, hymne qui dort,
Le transfigure d’un vieux charme.
Il est dans la beauté des larmes,
Et nous, nous sommes dans la mort...
Consolé, c’est lui qui console
Les pauvres choses de toujours...
Dans la morne clarté des cours
Le monde contemple l’idole
Il est comme au cœur de l’adieu
Que fait la terre ténébreuse ;
Sa chair est calme et bienheureuse
Et mort, c’est lui qui croit en Dieu !
Vers lui va toute voix qui chante,
Tout amour béni de souffrir...
Le soir achève de mourir
Sur sa tranquillité vivante.
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Dans la solitude qu’on voit.
Nous visiterons lentement
Notre existence douce et lasse,
Comme un vieux voyageur qui passe
Dans un très vieil appartement.
Pleins de rêves mélancoliques,
Éveillons les espoirs tremblant
En nous promenant à pas lents
Parmi les chambres pacifiques !
Passons où nous avons passé ;
Par la large et pâle fenêtre
Un peu de lumière pénètre
Dans la fatigue du passé.
Nous aurons des caresses d’ombres,
Et des appels silencieux,
Et nous sentirons sur nos yeux
Le regard triste des coins sombres.
La petite chambre est bien vide.
Elle nous reconnaît un peu ;
Elle est demi-morte d’adieu,
Demi-morte et demi-timide...
La douceur de ce jour d’été
Erre dans l’antique silence...
Elle exauce ma pauvre enfance
Et la bénit de vérité !
Je pleure l’âme répandue,
La foi, le rêve abandonné,
Et le mur est illuminé
De toute la fête perdue...
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Chantonne, murmure, divague…
Ta lumière, c’est toi.
La nuit en songes funèbres
Descend du grand ciel dormant,
Et la lampe doucement
Montre son cœur aux ténèbres.
Dans le coin silencieux
Naît la fleur crépusculaire...
La douceur du soir l’éclaire
Comme un sourire des yeux
Avec la foi qui persiste,
Et son rive égal et pur,
Timide aux heures d’azur,
Elle attendait l’heure triste.
Elle est bonne aux jours trop courts,
Aux pauvres nuits sans paupières,
Bonne à toutes les prières
Puisqu’elle est seule toujours.
Dans la fuite coutumière
Des derniers cercles du jour,
Le silence vient autour
Pour écouter sa lumière.
Elle unit les isolés,
Elle ne choisit personne ;
Mais la caresse trop bonne
Ne peut pas tout consoler.
Et la reine au palais sombre
A peur de s’épanouir
Ne voulant pas éblouir
Les yeux désolés de l’ombre.
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La vie imparfaite
Ta blanche lampe t’illumine,
Quand frileuse, ayant peur du bruit,
Tu travailles tard dans la nuit
A quelque tâche un peu divine.
Déjà ton labeur est moins sûr...
Tu lèves les yeux, comme un crime,
Tu vois venir la paix sublime,
Et la charité de l’azur.
Humble devant ta destinée
Tu sombres doucement en tout...
Le sommeil a surpris ton cou,
Tu te redresses, étonnée...
Pauvre enfant qui n’a pas régné,
Pauvre femme, pauvre princesse...
Voici qu’en ce soir de caresse
Ton cœur trop paisible a saigné.
Et nul n’est là pour te sourire,
Et doucement, tu te souris.
L’ombre a des rideaux attendris...
Tu t’étonnes d’être martyre.