Présentation rapide d'Henri BARBUSSE
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| Dessin de Taslitsky | Barbusse vers 1895 - 1914 - 1930 | Dessin de Simone Dumas (1927) |
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Biographie succincte
Henri Barbusse est né le 17 mai 1873 à Asnières, mort à Moscou le 30 août 1935. Après avoir débuté comme attaché de presse dans un ministère, il devient journaliste (critique théâtral et littéraire), poète et nouvelliste (L’Echo de Paris, Le Matin) puis rédacteur en chef de la revue Je sais tout et directeur littéraire des Publications Lafitte, puis des Publications Hachette. Il collabore aussi à diverses revues pacifistes. Dans cette première partie de sa vie, il publie plusieurs ouvrages : PLEUREUSES (poésies, 1895) ; LES SUPPLIANTS (roman, 1903) ; L’ENFER (roman, 1908) ; NOUS AUTRES… (45 courtes nouvelles, 1914). Août 1914 : Henri Barbusse s’engage comme simple soldat au 231° Régiment de Ligne. Il est réformé après 22 mois, et récompensé par deux citations. En été 1916 : il publie LE FEU, journal d’une escouade, qui paraît en feuilleton dans le quotidien L’œuvre. Dès son édition, en décembre 1916, le livre obtient le prix Goncourt, ainsi qu’un énorme succès populaire. En 1917 : Henri Barbusse fonde avec ses amis Paul Vaillant-Couturier, Raymond Lefèbvre et Georges Bruyère, l’Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC). En 1918 : il est directeur littéraire du quotidien le Populaire, depuis sa création le 11 avril 1918 jusqu’au 8 janvier 1921. En 1919 : il publie CLARTÉ (roman), et il fonde une organisation internationale d’intellectuels pour un monde plus juste et sans guerre : le Mouvement et la Revue CLARTÉ . Parmi les nombreux intellectuels qui l’entourent alors, on relève les noms de : Anatole France, Romain Rolland, Georges Duhamel, Roland Dorgelès, Léon Blum, Jean-Richard Bloch, Francis Carco, Paul Fort, le professeur Langevin, Jules Romains, etc. En 1920 : publication de LA LUEUR DANS L’ABÎME (Ce que veut le groupe Clarté) et du COUTEAU ENTRE LES DENTS (Aux intellectuels). Fin avril - début mai de la même année, il organise à Genève le 11° congrès de l’Internationale des Anciens Combattants (I.A.C.). Juin 1920 : publication de PAROLES D’UN COMBATTANT (articles et discours). En 1921 : Barbusse participe à la campagne pour Sacco et Vanzetti. Publication de QUELQUES COINS DU COEUR (nouvelles). 20 novembre 1922 : création de la Revue Clarté Universitaire sous le patronage de Barbusse, par Georges Cogniot et Georges Galperine. ‑ En 1923 : Henri Barbusse donne son adhésion au Parti Communiste Français. En 1925 : publication de LES ENCHAINEMENTS (roman) et de FORCE (Trois films). Juillet 1925 : Appel contre la guerre au Maroc (Guerre du Rif). Novembre 1925 : voyage de Henri Barbusse dans les Balkans avec Paule Lamy et Léon Vernocher pour enquêter sur la « Terreur blanche ». En 1926 : création des Comités de défense des victimes de la terreur blanche et publication de LES BOURREAUX (Dans les Balkans ‑ La Terreur blanche ‑ Un formidable procès politique). Avril 1926 : Henri Barbusse devient Directeur Littéraire de l’Humanité. En 1927 : publication de JÉSUS, et de LES JUDAS DE JÉSUS - Congrès international contre l’oppression coloniale (Bruxelles). Premier voyage en URSS à l’occasion du 10° anniversaire de la Révolution. Création de l’Association Les Amis de l’URSS avec Francis Jourdain. En juin 1928 : création de la revue hebdomadaire MONDE. En 1928 : Publication de FAITS DIVERS (nouvelles). En 1929 : publication de VOICI CE QU’ON A FAIT DE LA GÉORGIE. Convocation du Premier Congrès antifasciste à Berlin. Deuxième Congrès contre l’Oppression Coloniale (Francfort). En 1930 : Publication de RUSSIE, de CE QUI FUT SERA, de ÉLÉVATION (roman). En 1932 : publication de ZOLA (Étude biographique). Mars 1932 : Henri Barbusse fonde avec Vaillant-Couturier, Moussinac, Aragon, Malraux et Nizan l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires (A.E.A.R.). Création du Comité d’initiative international pour le Congrès mondial de lutte contre la guerre impérialiste qui aura lieu à Amsterdam le 21 août. En 1933 : participation au Congrès Européen contre le fascisme, salle Pleyel à Paris. Unification des deux mouvements sous le titre du "Comité mondial contre la guerre et le fascisme", dit Congrès Amsterdam-Pleyel, dont Barbusse est le président. Création de COMMUNE, la revue de l’A.E.A.R. (Juillet). Convocation du Congrès International de la Jeunesse (Septembre). Voyages aux États-Unis et en URSS. En 1934 : convocation du Congrès International des Étudiants (décembre à Bruxelles). Participation au Congrès Mondial des Femmes (août). Rassemblement antifasciste du 20 mai (Cirque d’hiver à Paris). En 1935 : publication de STALINE (Un monde nouveau vu à travers un homme). Convocation et participation au Congrès International des Écrivains pour la Culture (Paris, le 21 juin). 14 juillet : participation au grand Rassemblement antifasciste et au Serment du Front Populaire. 16 juillet : départ en URSS où il assiste en auditeur au 7° Congrès de l’I.C. 22 août : à Moscou, atteint d’une pneumonie, il entre à l’Hôpital du Kremlin. Le 30 août, 8h55 : mort d’Henri Barbusse. 2 septembre : obsèques solennelles à Moscou. 7 septembre : une foule énorme et recueillie conduit la dépouille mortelle d’Henri Barbusse au cimetière du Père Lachaise à Paris. Publication posthume, avec la collaboration d’Alfred Kurella, de LETTRES DE LENINE À SA FAMILLE (long texte de Barbusse sur Lénine). En 1937 : publication posthume des LETTRES À SA FEMME (1914‑1917).
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L'homme et l'œuvre
Henri Barbusse est présenté ici par de larges extraits d’une conférence prononcée lors du 48ème congrès de l’ARAC par Jean Relinger, co-président de l’Association des Amis d’Henri Barbusse : [...] Nous sommes unis par le même attachement à celui qui fonda l’Association Républicaine des Anciens Combattants il y a juste 80 ans cette année. [...] Plusieurs raisons fondent notre fidélité commune. [...] Nous lui savons gré de ce qu’il a fait de son vivant et de ce qu’il a apporté à son époque. Il était de l’étoffe de ces grands hommes qui refusent les idées toutes faites et le moule usé, qui cherchent continuellement à inventer de meilleurs modes de pensée et de vie. Ce sont ceux-là qui font avancer le monde, même s’il leur arrive de se tromper. Et l’investigation créatrice de Barbusse ne portait pas sur des bagatelles. Il a tenté de promouvoir une littérature qui prendrait le contre-pied de l’épopée guerrière avec Le Feu, qui intégrerait les préoccupations sociales avec Clarté ou Les Enchaînements, qui ferait de l’idéologie un matériau romanesque avec Force, qui aurait pour personnage littéraire la collectivité humaine avec Élévation... Il a lutté de toutes ses forces pour contribuer à construire un monde nouveau où le bonheur individuel prendrait appui sur une organisation sociale plus juste, plus cohérente et plus humaine, dont il sentait bien qu’elle ne serait pas donnée mais construite avec tous. Ainsi faisant, il a participé activement aux avancées de son temps, dans les conditions d’alors. Est-ce à dire, comme on le considère trop souvent, que Barbusse est l’homme d’un passé révolu, son oeuvre et son action dépassées, sans valeur actuelle ? Nous pensons qu’il n’en est rien. Certes, les circonstances littéraires, artistiques, idéologiques, sociales et politiques se sont beaucoup transformées depuis le début du siècle : la littérature engagée contemporaine n’est plus la littérature prolétarienne ou le réalisme socialiste, la guerre 39-45 n’a pas été la répétition de celle de 14-18, le danger fasciste a changé tout en restant sinistre et inquiétant, les luttes émancipatrices des peuples ne sont pas celles d’hier, le modèle soviétique s’est effondré et le projet communiste s'en est complètement écarté... Mais nous le savons bien, quelles que soient les différences importantes entre deux époques qui se suivent, elles conservent des liens très forts d’enchaînement et de causalité. Serions-nous là aujourd’hui à ce 48° Congrès, si trois soldats, Henri Barbusse, Paul Vaillant-Couturier et Raymond Lefèbvre, ne s’étaient pas réunis un jour froid de l’hiver 1916-1917, s’ils n’avaient pas repris l’idée de Georges Bruyère d’une association d’Anciens Combattants, si Barbusse ne s’était pas enthousiasmé pour ce projet et s’il n’en était pas devenu le réalisateur et le dirigeant infatigable ? Les luttes innombrables pour la paix qui ont jalonné notre siècle jusqu’à aujourd’hui ne se sont-elles pas enracinées dans une tradition pacifiste née au tout début du siècle et poursuivie depuis ? La volonté d’échapper au joug de l’asservissement, de l’exploitation, de la loi du plus fort et de l’argent ne s’est-elle pas amplifiée sous des formes nombreuses dès le début de ce XX° siècle né dans le cataclysme de la Première Guerre mondiale? Il est donc naturel que Barbusse ne nous soit pas étranger, que son oeuvre, son combat et son idéal continuent de nous toucher, que ses écrits nous parlent au présent. [...] Lire Barbusse aujourd’hui, ce n’est pas consulter un oracle et constater de géniales prémonitions sur le monde actuel. Nous l’avons dit, les événements ont changé et le monde n’a plus la forme d’hier. De plus, Barbusse, comme tant d’autres à son époque, s’est parfois lourdement abusé sur certains éléments de son temps, notamment lorsqu’il n’a pas pu et pas su voir les perversions du système stalinien qui s’instaurait en U.R.S.S. Aussi bien, si Barbusse est toujours actuel et sa parole toujours présente, son message n’est pas conjoncturel et va directement au cœur des grands drames humains. S’il a été un grand protagoniste de son temps où il a pris une part si active, sa leçon dépasse pour nous l’immédiateté, les circonstances qu’il a vécues, et prend valeur générale. De La Paix par le Droit, revue à laquelle il collabore avant 1914, au Feu, à l’ARAC et au mouvement Amsterdam-Pleyel, la lutte contre la guerre est une préoccupation constante de toute sa vie. Que nous dit-il? Transcendant les aléas des moments particuliers, il désigne avec une simplicité lumineuse les seules attitudes possibles pour conjurer ce mal social absolu : se rebeller, désigner clairement les causes, organiser le rassemblement de tous. En lançant, au milieu d'une guerre interminable qui devait encore durer deux ans, ce brûlot universel qu’est Le Feu, Barbusse a produit l’acte majeur et directement lisible d’une révolte indispensable contre la boucherie sans nom jusqu’alors. En fondant et en dirigeant l’ARAC, il lui a donné d’emblée son rôle phare: expliquer que ce cataclysme n’était ni fatal ni naturel, mais qu’il venait d’un système social pervers qu’il fallait combattre. En créant le mouvement Amsterdam-Pleyel, il a appelé au regroupement des hommes et des peuples de bonne volonté pour faire barrage à la sauvagerie. Qui pourrait soutenir aujourd’hui que ces trois façons corollaires de résister à la guerre sont devenues caduques? C’est une constante chez Barbusse d’en appeler toujours au rassemblement fédérateur d’énergies en s’adressant à la conscience morale de chacun. S’il insiste sur la construction nécessaire d’une collectivité généreuse et juste par la multitude humaine, il refuse toujours de mettre en antagonisme l’individu et la communauté. Il précise même sa hantise dans la dernière page du roman Élévation qui est sa dernière oeuvre littéraire: « Mettre le destin collectif dans l'angle fulgurant de l'individualité ». Une telle dialectique n’était pas banale à son époque, et on voit mieux aujourd'hui sa portée universelle : le citoyen est porteur de la République, comme la société doit oeuvrer à l’épanouissement de chacun: le « je » individuel est un monde, comme le monde une mosaïque d’individus; la préoccupation collective et sociale rejoint l’œuvre d’art unique et singulière. Liant ainsi morale sociale et subjectivité de l’être, Barbusse reste fidèle à son maître Kant. Il est d’ailleurs fidèle à toutes ses racines. Descendant d’une longue lignée de paysans protestants qui, depuis le XVI° siècle, ont lutté pour la liberté aussi bien de conscience que de société, il en a gardé une foi mystique en l’homme et dans le peuple, et une conception morale de la vie. Formé par l’école de la fin du XIX° siècle et par les idées de gauche de son père, il en reçoit la marque dans la priorité qu’il accorde toujours à la connaissance, à la vérité, au droit et à la raison. Sa ferveur pour la Révolution française ne se départira jamais, comme son attachement au mouvement républicain du XIX° siècle, à Michelet, Hugo, Saint-Simon, Proudhon... Il est donc porteur d’une culture profondément enracinée par le temps dans l’espace de notre pays, de valeurs de progrès pour lesquels la droite et l’extrême droite lui voueront une haine tenace. Lorsqu’il rencontrera la Révolution d’Octobre, il voudra la situer dans la continuité d’une longue tradition progressiste française. Bien qu’il se situe d’emblée dans une approche radicale des voies vers l’émancipation humaine, rien n’est plus étranger à sa pensée que l’idée simpliste de la table rase. Bien qu’il ait toujours éprouvé et manifesté un attachement inconditionnel à l'U.R.S.S., son goût pour d’autres pensées et d’autres comportements que ceux de pure orthodoxie bolchevique lui a valu quelques solides ressentiments sectaires. Pourtant, avec le recul, comment ne pas constater la portée durable d’une attitude féconde qui refuse le mépris du réel, qui croit à la réalité humaine, qui prône le respect des différences individuelles et nationales? Barbusse a encore beaucoup à nous apprendre, sur son époque, sur la nôtre, et peut-être sur celle de demain, parce que sa parole profonde dépasse les événements qu’il a vécus et qui ne sont plus. [...] Vous avez raison de maintenir vivante et chaleureuse la présence active de votre grand aîné, de poursuivre son combat dans les conditions de notre temps. Vous avez aussi un devoir supplémentaire, que nous partageons avec vous, celui de le faire connaître plus largement, bien au-delà de nos propres rangs, parce qu’il peut parler à tous. Nous devons lever l’ostracisme qu’il subit depuis qu’il a manifesté avec éclat sa rébellion. L’ARAC a toujours accordé sa sympathie active et son aide efficace à l’Association des Amis d’Henri Barbusse, qui ne serait pas ce qu’elle est sans cet appui précieux. Ensemble, nous avons fait beaucoup déjà. Le projet de rénovation de la maison de Barbusse à Aumont, siège futur de la fondation consacrée à sa mémoire, a été réalisé pour moitié et c’est une éclatante réussite. Il nous reste à accomplir la deuxième, la plus gratifiante, celle de la restauration du lieu même où Barbusse conçut et rédigea tant de livres, réalisa tant de nobles tâches au service de l’humanité. Je lance donc un appel à la générosité de chacun pour cette bonne action. Ensemble nous porterons bien haut la mémoire d’Henri Barbusse, l’homme généreux à la pensée toujours vivante.
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- Pour une autre présentation, suivre ce lien : http://www.terresdecrivains.com/article.php3?id_article=14
- Pour une biographie détaillée, voir "Barbusse, le pourfendeur de la Grande Guerre" de Philippe BAUDORRE (Flammarion, 1995)
- Pour une étude détaillée de l'oeuvre, voir "Henri Barbusse, écrivain combattant" de Jean Relinger (PUF - Ecrivains, 1994)